LE BETON COMME ON NE L’AVAIT JAMAIS VU

Le béton marque une présence rude et ordinaire sur nos paysages quotidiens. Cette matière, armée d’une âme de fer, a construit les espaces de vie moderne et les associe souvent à des signes stéréotypés de la force et de la brutalité.

Le Vajont a été brutalement signé par la présence du béton, en alternant des phases de construction et des phases de destruction. La réalisation du barrage homonyme, il y a désormais plus de 60 ans, a donné lieu à un mur hors d’échelle. Cet objet a fortement imprégné l’histoire récente du territoire. La trace de cette construction ne s’arrête pas à sa présence monumentale dans le paysage de la vallée. Selon un principe de causalité, cette construction absurde a généré un autre phénomène égal et contraire de destruction.

Le soir du 09 octobre 1963 une partie de la montagne, cause d’inquiétude dès l’origine pour la sécurité du barrage, s’est écroulée sur le bassin en provoquant deux vagues puissantes, détruisant les petits villages de Longarone, de Erto et de Casso. Les stigmates de la catastrophe, de nature humaine, sont encore présentes sur le territoire.
Les efforts de reconstruction nous invitent à repenser une relation avec le béton. Cette matière projette les habitants et les visiteurs dans le passé récent de ces lieux.

Le béton est présent dans ce projet comme le paradigme d’une relation particulière avec le territoire du Vajont et son histoire. Une liaison Banale et Brutale. La monotonie d’une vie quotidienne et ordinaire dans un modeste village de montagne a été troublée par la brutalité d’une présence féroce. Les caractéristiques du Béton en sont la métaphore. En prenant inspiration d’ évidences factuelles, lors du séjour sur place, la matière agit comme un filtre pour regarder et réfléchir au désastre.

A travers cette approche nous voudrions voir le béton d’une autre manière, libérée des stéréotypes : une matière quelconque de construction mais ainsi un élément capable d’harmoniser les traces violentes et fragiles.